Quel dentifrice choisir ?
Une question que j’entends très souvent, dans ma vie privée comme dans ma vie professionnelle : Quel dentifrice utiliser ? Il est bien celui-là ? Tu en penses quoi ?
Cet article a bien évidemment pour objectif de répondre à la question, mais pour cela, il faut d’abord que j’explique ce qu’est un dentifrice et à quoi ça sert.
Histoire
Vous vous imaginez nettoyer vos dents avec de l’argile et du charbon ? C’est pourtant ce que faisaient les égyptiens avec un mélange qu’ils appelaient « sonabou ». Mais ce ne sont pas les plus anciennes traces d’un produit utilisé comme du dentifrice, la preuve avec cette recette qui date de 4 000 ans : miel, fruits de palmier, phosphate de plomb. A l’époque, ce que l’on va appeler ici « dentifrices » sont plutôt utilisés comme des chewing-gums, avec l’objectif de nettoyer les dents, mais aussi de les soigner. Et c’est dans le même but que les compositions vont évoluer, avec l’apparition d’épices pour donner du goût, et de gomme pour permettre une mastication plus performante. Mais étant vu comme des produits devant soigner, on va dans l’histoire chercher à leur donner mauvais goût, comme pour les rendre plus « efficaces » : pour cela tout est utile, comme l’urine, les plantes fermentées ou les déjections d’animaux. Je vais jeter un voile temporel et de goût sur tout ce qui a pu être utilisé en guise de dentifrice, pour atterrir au XVème siècle où l’on cherche à avoir un produit qui râcle, qui abrase, qui érode presque. En échange, on y ajoute de quoi donner l’haleine fraîche.
Au XVIème siècle, c’est une autre ambiance : s’appuyant certainement sur le principe que seules les personnes sales se lavent, il devient mal vu de prendre soin de soi, et donc de ses dents. Heureusement, l’hygiène reprend de l’importance aux siècles suivants, avec des dentifrices se rapprochant de la fonction qu’on leur accorde aujourd’hui : ils contiennent alors du clou de girofle, voire du tabac . Oui, vous avez bien entendu du tabac : c’est un produit exotique, mais nouveau et à la mode, auquel on accorde mille vertus. Il en sera de même pour le café un peu plus tard.
Et ce fameux tube de dentifrice, dans lequel il a toujours été difficile d’attraper les dernières noisettes : il date de 1841. Puis les progrès n’ont pas cessé jusqu’à aujourd’hui, avec des progrès parfois scientifiques, mais le plus souvent commerciaux.
Réglementation
Un dentifrice répond à la réglementation européenne sur les cosmétiques. Un cosmétique, pour le dire vite, c’est un produit qui pourra être mis en contact avec une partie du corps humain, ici les dents et les muqueuses buccales, dans le but d’en prendre soin. Sans pouvoir se vanter d’avoir des qualités de médicament, il peut tout de même jouer un rôle sanitaire, comme c’est le cas des dentifrices dont nous parlons, mais aussi des crèmes solaires, par exemple.
Certains dentifrices ont un statut de médicament, d’autres sont considérés comme des dispositifs médicaux selon la réglementation européenne : c’est notamment ce qu’il fait qu’ils seront vendus en pharmacie, plutôt qu’en grande surface.
Ce qui fait basculer le dentifrice d’un côté ou de l’autre de cette frontière, c’est sa composition, selon sa quantité d’un ou plusieurs éléments : du fluor, essentiellement, mais aussi de la chlorhexidine, par exemple. Lorsqu’il devient un médicament, le dentifrice doit alors bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché, ce que l’on appelle aussi AMM. Une AMM est là pour attester que son efficacité est démontrée, que ses effets indésirables sont prévisibles, et qu’il est de qualité. Au passage, il n’y a qu’un seul type de médicament qui bénéficie d’une AMM sans avoir à attester de son efficacité : je vous laisse deviner lequel, et vous pourrez répondre en commentaire.
Mais revenons [CIV6] aux dentifrices.
Composition
La composition d’un dentifrice est très variable, mais aujourd’hui, il est impensable qu’il ne contienne pas de fluorures, avec des quantités différentes selon l’âge de l’utilisateur. Les excipients, c’est-à-dire les produits qui aident à maintenir les produits actifs mais sans être eux-mêmes actifs, composent une grande part des dentifrices, en leur permettant d’être une pâte : des gélifiants, des tensioactifs, des conservateurs, mais aussi simplement de l’eau, et de quoi retenir cette eau (des agents humectants). On y trouve aussi des abrasifs, mais qui ont un rôle à jouer dans la fonction du dentifrice, sans être pour autant une substance active. Enfin, on peut y retrouver des produits sans intérêts premiers, comme des colorants, des édulcorants, des arômes.
Dans les dentifrices proposés sur le marché, on en trouve certains qui utilisent l’appellation « dentifrice naturel ». Derrière ce nom sont proposées des solutions commerciales à vertus environnementale et sanitaire. Cela veut-il dire qu’un dentifrice peut contenir des éléments à risque ? Eh bien, ce n’est pas totalement faux. En effet, on peut y trouver des allergènes (qui ne sont pas toxiques en soi, mais peuvent être contre-indiqués chez certaines personnes), des perturbateurs endocriniens (butylparaben, propylparaben, triclosan) ou du dioxyde de titane qui est un cancérogène possible, avec pour seul intérêt de colorer le produit…en blanc.
Contenir des produits d’origine biologique n’apporte rien en termes de santé, tout comme les huiles essentielles (qui peuvent de surcroit avoir elles aussi des effets indésirables) et ces produits présents dans le dentifrice servent à en améliorer la consistance, la tenue, la réaction (en faire mousser certains par exemple), le goût, la couleur. Pour éviter leurs effets indésirables, il suffit de ne mettre qu’une quantité raisonnable de dentifrice sur votre brosse : une noisette dans le sens de la largeur par exemple. Et surtout à en changer s’il vous crée des irritations ou des réactions indésirables.
Concernant les dentifrices homéopathiques, leur seule particularité est de ne pas contenir de menthe , car celle-ci est préjugée interférer avec les traitements homéopathiques. Ce qui ne s’appuie sur aucune donnée fiable, tout comme aucune étude ne démontre un quelconque effet d’un traitement homéopathique, au passage. Mais c’est une autre histoire. Retenez juste que le mot « homéopathique » sur un dentifrice n’est qu’un argument marketing.
Concernant l’environnement, la question est plus complexe et n’est surtout pas dans mes compétences. Est-ce qu’un dentifrice solide est meilleur pour l’environnement avec un emballage réduit ? Je n’en sais rien, en revanche, je les trouve à titre personnel moins pratiques à utiliser, et une bonne partie ne contient pas de fluor. Eventuellement, il en existe aussi en pâte qui peuvent être distribués dans des pots réutilisables.
Une marque française a proposé récemment, et dans un objectif initialement louable de zéro déchet, un dentifrice à croquer estampillé « naturel et bio » : ce dentifrice est à éviter car il ne contient pas de fluorures. Et aussi peu naturel qu’il n’a de composants issus de l’agriculture biologique, au passage.
Quant aux recettes de dentifrices à faire soi-même que j’ai pu trouver en ligne, je vous les déconseille fortement : pas de fluorures, des agents parfois trop abrasifs, des produits trop basiques (pas simples, hein, mais avec des pH élevés), pas de conservateur antimicrobien, des proportions trop aléatoires, parfois des huiles essentielles contre-indiquées pour un usage en bouche.
Si vous voulez en savoir plus sur ce sujet, deux chercheuses en cosmétologie en ont examiné 500, je vous mets le lien en description
Quelles sont les marques que je recommande ? Aucune ! (chut chut pas de marque)
Les dentifrices mis sur le marché sont estampillés NF ou CE. Le marquage NF est attribué par l’AFNOR lui donnant ainsi un gage de qualité et de sécurité. Quant au marquage CE, il signe un dispositif médical et devient garant du respect des réglementations en cours en Europe. Les marquages FDI ou UFSBD ne sont pas des marques de qualité ou de performance, mais juste des accords avec ces structures, chacune pouvant justifier différemment l’apposition de son nom sur un tube d’une marque en particulier.
On ne peut pas vraiment dire qu’il y en ait un meilleur que les autres : choisissez-le selon l’âge et selon votre goût. Si vous ne l’aimez pas, il vous sera moins facile de retourner à la salle de bain le mettre dans votre bouche deux minutes le matin puis deux minutes le soir.
Parfois, certains dentifrices sont proposés pour des problèmes de gencive, de dents sensibles, de dents colorées, de dents à renforcer contre les caries.
Déjà, le renforcement de l’émail est permis par les fluorures que vous devez forcément retrouver dans un dentifrice. Préférez un dosage qui correspond à l’âge, mais n’ayez aucune crainte car je vais vous dire un secret : il ne peut pas y avoir trop de fluor dans un dentifrice, ce n’est pas possible. En effet, contrairement à l’eau de consommation qui peut amener un surplus de fluor avec les risques inhérents, la quantité présente dans une noisette de dentifrice est suffisante pour la prévention buccodentaire, mais très éloignée d’une éventuel surdosage.
Pour les gencives, il n’existe pas de preuves solides qu’un dentifrice serait vraiment plus efficace que les autres.
Les dentifrices « antitartre » contiennent des pyrophosphates et semblent être efficaces pour diminuer l’accumulation de tartre, sans que cela ne compense un brossage dentaire approximatif. Plus de la plaque s’accumule à la surface des dents, plus elle sera susceptible de se transformer en tartre.
Ce qui a du sens, en revanche, ce sont les dentifrices pour dents sensibles. Sans agir sur la cause, ils permettent d’amener du nitrate de potassium ou des fluorures stanneux qui viennent obturer les tubulis dentinaires (ces microcanaux qui parcourent la dentine et communiquent entre l’extérieur et l’intérieur de la dent) : ils ne restent pas longtemps et s’évacuent après le brossage, mais comme vous en remettez au brossage suivant, ce n’est pas grave.
Enfin, les dentifrices pour blanchir les dents sont de deux types : ils ne permettent pas quoi qu’il arrive de blanchir les dents, mais davantage d’enlever les tâches, grâce à des agents plus ou moins abrasifs. Parfois, ils peuvent contenir du peroxyde d’hydrogène, un agent blanchissant qui vient détruire les colorations en gros, mais il est interdit en France de dépasser les 0,1 %, ce qui ne leur donne aucune efficacité concrète sur le temps de brossage à cette concentration.
Pourquoi malgré ces différentes actions, efficacité prouvée ou non, je dis que le choix du dentifrice n’a pas spécialement d’importance ? Tout simplement parce qu’il est là pour jouer le rôle d’interface entre la brosse, les dents et la gencive. Et pour apporter du fluor. C’est tout.
Ce qui va peser dans la balance pour une bonne santé buccodentaire : c’est le brossage deux fois par jour, pendant deux minutes, avec une brosse-à-dents souple, en s’intéressant aux dents et à la gencive, et en assurant le nettoyage interdentaire avec du fil dentaire et/ou des brossettes interdentaires. That’s all folks !
Quant aux bains de bouche, nous aurons l’occasion d’en parler dans une autre vidéo.
Un dentifrice pour le futur ?
Pour répondre aux craintes pourtant infondées sur le risque d’excès de fluor, des chercheurs ont cherché à utiliser d’autres substances. Actuellement, l’hydroxyapatite biomimétique a le vent en poupe et montre plutôt de bons résultats. Le principe est assez simple : l’hydroxyapatite est le composant caractéristique de l’émail et l’idée est donc d’exposer à chaque brossage l’émail à ce composant pour le réparer ou le reconstituer.
Une autre piste à explorer pour l’avenir est celle de dentifrices pour prendre soin des gencives. Les problèmes parodontaux, c’est-à-dire des tissus de soutien des dents, vont prendre une place de plus en plus importante en termes de santé publique : les recherches portent notamment sur les polyphénols (du vin rouge, de la canneberge, du thé vert ou des œillets) qui pourraient apporter des bénéfices.
Les autres progrès vont concerner l’environnement, comme tous les produits cosmétiques ou d’entretien, avec les questions d’emballage, mais aussi de pollution des eaux après usage. Il est à noter que les quantités de dentifrice que nous devons utiliser n’ont pas besoin d’être exagérées : une noisette posée en travers de la brosse suffit largement. Je dis ça pour votre portefeuille, pour les tâches sur le meuble de salle de bain noir, mais aussi pour l’environnement. J’espère avoir, avec cet article, répondu à toutes vos interrogations. Vous pouvez aussi reprendre les vidéos que j’avais tourné sur le fluor et le brossage dentaire. Si je n’ai pas tout exploré et qu’il vous reste des questions, n’hésitez pas à les poser en commentaire : je tâcherai de répondre à tous.
Sexe et santé orale
Commençons par le début. Le tout début : la bouche est un organe sexuel. Un organe sensuel, érotique, l’organe de nombreuses autres fonctions, mais aussi un organe sexuel. Pour dire oui, pour stimuler le désir, pour prendre du plaisir ou en donner. Et c’est sous cet angle qu’aujourd’hui, dans cet épisode, nous allons observer notre bouche.
Dès la naissance, la bouche et en particulier les lèvres, sont les marques de l’affection que le parent porte à l’enfant qu’il rencontre. Ce sera une première occasion de transmettre des germes, des bactéries, qui stimuleront le système immunitaire du nouveau-né.
Puis les baisers vont se poursuivre, cette fois avec la réciprocité, de l’enfant vers le parent, marque d’affection, mais surtout reproduction des gestes appris par les adultes, avant d’expérimenter les baisers avec les autres enfants, d’abord comme un jeu et une découverte de son propre corps, puis avec l’adolescence comme un premier geste érotique relationnel.
Si le baiser va d’abord concerner les lèvres uniquement, sa place érotique va s’accentuer avec l’introduction de la langue et la baignade dans la salive : échange d’émotions, échange de sensations, et de manière plus pragmatique, échange de bactéries. Mais nous reviendrons sur ces dernières plus tard.
A l’âge du jeune adulte, d’autres lèvres vont éventuellement faire leur apparition dans la démonstration du désir et la recherche du plaisir, mais la bouche va conserver une certaine place : dans le baiser toujours, qui ne va cependant plus se focaliser sur la seule bouche, pour stimuler d’autres parties du corps de l’autre, particulièrement les zones érogènes (nuque, seins, oreilles, cuisses, etc.), mais aussi dans les rapports appelés buccogénitaux : l’anulingus, le cunnilingus, la fellation.
Tout un vocabulaire va joindre la bouche et le sexe, en empruntant le champ lexical de l’alimentation et de la gourmandise. Que ce soit mignon comme des lèvres appetissantes, glouton comme « je vais te dévorer », grossier comme « te bouffer », ou très imagé comme « la tarte aux poils » ou « la sucette ». La chanson de Colette Renard en est un bon exemple. Et la bouche continue d’être utilisée dans la dimension érotique et sensuelle pour baiser, mordiller, lécher, croquer, sucer, dévorer, goûter, bref : pour mettre l’eau à la bouche.
Jusqu’en 1952, le sexe oral était considéré comme une pratique déviante dans le Diagnostical and statistical manual of mental disorders, plus connu sous le nom de DSM, l’ouvrage de référence des classifications des pathologies psychiatriques.
Avec les années 60 et 70, période de libération sexuelle en Occident, les pratiques visant le plaisir et non uniquement la reproduction se sont répandues. Elles ont pris place dans les discussions, dans la culture populaire comme sous la plume d’Anaïs Ninn, d’Henry Miller, dans les essais comme chez Simone de Beauvoir, Wilhelm Reich ou Herbert Marcuse, puis dans le cinéma, en premier lieu pornographique qui a pignon sur rue dans les années 70. Nous y reviendrons plus tard.
Le cinéma conventionnel donne lui aussi de la place au sexe, et notamment orogénitaux, avec L’Empire des sens au Japon, Je suis curieuse en Suède (où la révolution sexuelle a été précoce et a débuté dès les années 50), Le diable au corps de Bellochio, d’après le roman de Radiguet avec un fellation, puis plus récemment beaucoup de cunilingus avec Romance, Shortbus, KenPark, et des cinéastes qui en ont fait leur marque de fabrique : le grand Pédro Almodovar (En chair et en os, Talon aiguille), les frères Larrieu (Les derniers jours de la fin du monde, 21 nuits avec Pattie) ou le sulfureux Abdellatif Kechiche avec La vie d’Adèle, puis Mektoub, my love : intermezzo et son cunnilingus de 15 minutes, qui concurrence directement la fellation in extenso de Chloe Sevigny vécue et filmée par Vincent Gallo. L’anulingus quant à lui est délaissé, tout en bas des marches des festivals et des salles de ciné.
Malgré tout cela, la bouche n’est parfois pas considérée, dans l’imaginaire populaire, comme un organe sexuel, ce que l’on constate dans la célèbre phrase déplacée « sucer, ce n’est pas tromper ». Ainsi, le sexe oral est souvent considéré comme plus safe, plus sécurisé vis-à-vis de certaines pathologies. C’est une des raisons qui fait que l’épidémie de Sida dans les années 80 a entraîné une diminution de la fréquence de rapports génitaux au profit de rapports orogénitaux, cela avant l’observance généralisée du port du préservatif, puis l’apparition de moyens de prévention efficaces. Pourtant le sexe oral est l’occasion de se retrouver confronté à de nombreux fluides : salive, sperme, sécrétions vaginales, menstruations, liquide séminal, etc. autant de moyens de transport pour d’éventuels pathogènes. Car oui, les rapports orogénitaux sont l’occasion d’offrir ou de recevoir des infections sexuellement transmissibles (ou IST). Dans une bouche saine, le risque est très faible pour le VIH, nul pour les trichomonas, mais élevé pour l’herpès, l’hépatite B, la syphilis, les gonocoques, les chlamydiae. Les risques de transmission sont d’autant plus élevés dans une bouche abimée ou présentant des plaies. J’en profite pour vous rappelez qu’une personne infectée par le VIH, à partir du moment qu’elle bénéficie d’un traitement efficace, ne peut pas transmettre le virus : tous les rapports sexuels sont alors permis, anal comme orogénital.
Certaines IST se transmettent par la bouche, comme la mononucléose infectieuse, dont vous avez certainement entendu parler comme « maladie du baiser ». Cette maladie qui touche souvent les adolescents, est due à un virus de la famille des Herpès : le virus Epstein-Barr. Elle se transmet lors d’un échange de salive, c’est à dire lors d’un baiser, d’une pelle, d’un patin. Tout ça pour dire que les organes génitaux ne sont pas toujours nécessaires pour partager une IST.
Nous allons nous arrêter deux secondes sur une IST sur laquelle nous entendons tout et n’importe quoi et dont les conséquences sur la sphère orale peuvent peser lourdement. Dans plusieurs articles de journaux ces dernières années, nous avons pu lire que les fellations étaient responsables de cancers de la sphère orale. La cause ? Un papillomavirus (HPV). Ce raccourci que nous avons pu lire n’a pas de sens. Si des études fiables soulignent qu’au minimum 20% des cancers oraux sont liés au papillomavirus et pourraient être évités, certaines phrases de ces études disant que la contamination par ce virus est en relation avec le comportement sexuel ont été mal interprétées, volontairement ou non. En effet, des rapports non-protégés peuvent contaminer au HPV, mais il n’est pas nécessaire que ces rapports soient orogénitaux. Il n’est même pas prouvé qu’une transmission orogénitale soit possible. En revanche, il est possible de se protéger de ce virus par un vaccin qui a fait preuve de son efficacité, que l’on soit un homme ou une femme, et ainsi réduire le risque de cancer oral. Il n’y a donc pas lieu de s’affoler ou de se priver de sexe à cause d’un papillomavirus, mais simplement de tous se faire vacciner le plus tôt possible, dès l’âge de 11 ans, pour les filles comme pour les garçons.
Alors, si les français pratiquent couramment le sexe oral (89 % des hommes et 85 % des femmes), mais que celui-ci n’est pas totalement safe, comment s’en protéger ? Lors d’une fellation par exemple, du sperme est susceptible de venir en bouche, augmentant le risque de contamination. Il est donc conseillé de ne pas garder le sperme en bouche. Si l’on souhaite se rincer la bouche, il est préférable de le faire avec de l’eau, et d’éviter tout bain de bouche du fait de leur teneur en alcool. Mais attention cet exemple de la fellation et de l’exposition à des fluides vaut aussi pour les cunnilingus et les anulingus. Tout comme il ne faut pas oublier qu’un pénis peut libérer du liquide séminal avant l’éjaculation.
Il est possible d’utiliser des moyens de protection, dont l’un que je suis particulièrement ravi de vous présenter, vous allez comprendre pourquoi : le préservatif (pas de surprise jusque à) et la digue dentaire. Le préservatif, vous connaissez tous et c’est une bonne chose, mais la digue dentaire vous semble peut-être plus obscure. Ce que l’on appelle digue dentaire est un carré de latex originellement, utilisé pour isoler une ou plusieurs dents lors de soins afin de les protéger d’une contamination par la salive. Ca existe depuis le 19ème siècle, mais c’est utilisé couramment par les dentistes que depuis quelques dizaines d’années. Dans les années 80, les milieux lesbiens et gays ont trouvé chez les dentistes ce moyen de se protéger lors des cuni et anulingus. Placer ce carré de latex sur la vulve ou l’anus et en le maintenant pendant le rapport permet d’éviter le contact direct entre la bouche et l’organe de l’autre. Si les digues dentaires ne sont pas faciles à trouver quand on n’est pas dentiste (ce qui concerne une laaaaaaaarge partie de la population), le système D est votre ami : la découpe d’un carré de 15 cm par 15 cm dans un préservatif fera l’affaire.
Mais les bactéries ne sont pas le seul problème auquel peut se confronter le sexe oral. La littérature nous offre quelques descriptions de lésions liées à l’acte lui-même. Lors de gamahuchages « effreinés », il est possible de se léser le frein de la langue (le ligament qui le retient à sa base) à force de frottements contre les incisives du bas. C’est ce que l’on appelle aussi le syndrome du cunnilingus. Ce n’est pas grave, ça cicatrise, mais ça peut surprendre. Avant de décrire un autre problème lié à lacte, je vais vous parler d’une actrice qui est devenue célèbre du jour au lendemain. En 1972, sortait sur les écrans Deep throat (ou Gorge profonde en anglais), film très important pour les Etats-Unis de cette époque, à la recherche de liberté et de contre-culture. Dans le scénario de ce film pornographique à grand succès, le personnage principale joué par Linda Lovelace, apprend que si elle n’a pas d’orgasme lors de rapport sexuel, c’est à cause de sa particularité anatomique : son clitoris est situé au fond de la gorge. Ce synopsis est parti de la capacité de Linda Lovelace à pratiquer des fellations en amenant le pénis de son partenaire jusqu’à dans son oropharynx (ou jusqu’à la garde selon l’endroit d’où vous observez). Cette pratique était connue de la population gay, mais peu chez les hétéros. Ce film est devenu à l’époque un véritable phénomène de société : beaucoup de monde l’a vu, dans un cinéma, par curiosité, par mimétisme ou par plaisir. Cette pratique est devenue de plus en plus courante jusqu’à aujourd’hui retrouver dans les moteurs de recherches de site pornographique des catégories « deep throat » ou « gagging » (pour parler du réflexe nauséeux que peut déclencher ces pratiques). Pourquoi je vous parle de tout cela ? Tout simplement parce qu’il est de plus en plus fréquent de retrouver des hématomes du palais (en haut et au fond de la bouche) causé par des fellations profondes, parfois forcées et violentes. Ces lésions sont décrites dans la littérature depuis déjà un certain temps, chez des hommes et dans les maisons closes : quelques auteurs les ont liées à un phénomène d’aspiration sur des fellations vigoureuses et prolongées, mais la majorité parlent plus aisément d’hématomes liées au contact éventuellement violent du gland sur le palais.
La célébrité de Linda Lovelace aura été moins grande et moins importante que Deep throat. Ce nom deviendra celui de l’informateur à l’origine du scandale du Watergate, avant que Linda ne reprenne son nom de jeune fille, Boreman, pour devenir une militante anti-pornographie assidue et une critique du mythe du masochisme féminin.
Il est incontestable que la bouche EST un organe sexuel, même s’il est bien plus que ça encore. Dans cette fonction, il est primordial que la bouche soit propre et saine, que ce soit pour l’hygiène, le confort, mais aussi pour le rôle pouvant être joué dans la transmission d’IST. Cependant, il est déconseillé de se laver les dents juste avant un rapport sexuel, cela afin d’éviter de créer de microplaies de la gencive, sources potentielles de contamination.
Même si cela peut sembler contraignant et inhabituel, il est recommandé de se servir de protection aussi pour les rapports orogénitaux : préservatif ou digue dentaire.
Enfin, la muqueuse de la bouche est un organe sensible. Au-delà du consentement indispensable à tout acte sexuel, pensez à respecter le corps de votre ou vos partenaires.
Prenez-soin de vous, respectez-vous, posez toutes les questions que vous voulez, je tâcherai de répondre à tous.
Sources plus ou moins accessibles :
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2840968/
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4660550/
http://www.heteroclite.org/2017/03/sexe-oral-sante-danger-39779
HPV et oral sex : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22282321/
Etude citée, mais ne parlant pas de sexe oral : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7286348/
Autre étude citée, mais biaisée : parle de sexe oral selon le nombre de partenaires, et sans autres éléments. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4266546/
Pas de lien entre sexe oral et cancer oraux : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26107371/
Oral orientation et oral health : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30277565/
Le baiser : https://www.cairn.info/revue-adolescence-2005-3-page-709.htm?contenu=article
Ifop, pratiques sexuelles des français : https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/03/2669-1-study_file.pdf
Unesco : https://fr.unesco.org/news/pourquoi-leducation-complete-sexualite-est-importante
